Le Havre martyriser ( pour rien)

Les ruines du Havre, pendant l'hiver 1944-1945.

Les ruines du Havre, pendant l'hiver 1944-1945. Crédits photo : Rue des Archives/Rue des Archives/Tallandier

VIDÉO - Le 5 septembre 1944 débutait le bombardement allié de la ville normande, qui fit plus de 2000 morts civils, afin d'en chasser l'occupant nazi. Les historiens cherchent toujours à savoir pourquoi 80% de la ville furent rasés.

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Pour la quasi-totalité des villes françaises, la Libération par les Alliés en 1944, après 4 longues années d'Occupation, est synonyme de joie. L'occasion de commémorer un heureux souvenir. Il est une ville, cependant, pour laquelle le souvenir des premiers jours de septembre rime avec destruction: Le Havre. Martyre de la lutte contre les nazis, la cité fut en grande partie détruite par les bombardements alliés. Pour une raison qui échappe toujours aux historiens.

«On sait pourquoi 1,5 million de poilus sont tombés pendant la Première Guerre mondiale, explique Jean-Baptiste Gastinne, historien et adjoint au maire du Havre. On ne sait pas si le sacrifice de la ville du Havre a eu une réelle utilité militaire.»

En ce début septembre 1944, les Havrais attendent pourtant cette libération. Ils ont vu, ils ont entendu le débarquement, une centaine de jours plus tôt, non loin de là, sur d'autres plages normandes. Ils ont espéré durant des jours être délivrés. Alors que Paris se libère fin août, Le Havre est toujours sous le joug nazi.

La rue de Paris, au Havre, en septembre 1944.

La rue de Paris, au Havre, en septembre 1944. Crédits photo :

Le 5 septembre a enfin lieu le début de l'offensive alliée. Un déluge de bombes s'abat sur le centre-ville. Même chose le lendemain. Des milliers de tonnes d'explosifs sont largués sur la ville, dont les redoutables bombes au phosphore. Le bombardement dure jusqu'au 10 septembre. Près de 10.000 maisons sont détruites, 2000 Havrais tués, 80.000 se retrouvent sans logement. L'aviation anglaise a ravagé la ville. Sans trop que l'on sache pourquoi.

Le Havre, 1944.

Le Havre, 1944. Crédits photo :

Le Havre possédait bien un enjeu stratégique aux yeux des Alliés: le port. Cependant, celui-ci étant régulièrement bombardé depuis le début de la guerre, il était devenu inutilisable.

La ville du Havre comptait une importante garnison allemande de 12.000 hommes qui entendait résister. Pourtant, ces derniers étaient situés sur les hauteurs. Quant à l'état-major, il était logé dans des villas cossues de «la côte». Loin du centre-ville.

«Le bombardement des quartiers centraux pendant les deux premiers jours est incompréhensible, d'autant que les Alliés avaient toutes les informations à leur disposition, explique Jean-Baptiste Gastinne. Depuis le Débarquement, les politiques n'ont plus la main sur les opérations, les militaires ont tout pouvoir de décision. Sans doute les Britanniques ont voulu aller vite pour reprendre la ville.»

Les Nouvelles Galeries. Le Havre, 1944.

Les Nouvelles Galeries. Le Havre, 1944. Crédits photo :

Le 12 septembre, les troupes anglo-canadiennes entrent au Havre. Rien à voir avec les scènes de liesse, immortalisées dans le reste de la France. L'accueil de la population est glacial. La presse les surnomme ces les «libératueurs».

les bombardements ont été ciblé sur le centre ville et la ville haute a été épargné. Il ya eu 5 000 morts, le bilan aurait put être plus lourd s'il les gens n'avaient pas évacué. Comble de l'ironie, ce sont les américains et les anglais qui l'ont rasé alors que les allemands avaient déjà fuit la ville.

«L'absence de justification de la destruction de leur ville a toujours été difficile à comprendre pour les Havrais, explique l'adjoint au maire. Nous ne pouvions construire de mémoire collective sur ces évènements tragiques. Aujourd'hui, peut-être, cette blessure commence à passer. Le centre-ville, reconstruit par Auguste Perret, est de nouveau source de fierté pour les habitants depuis son classement au patrimoine mondial de l'humanité.»

La reconstruction

Vue panoramique du bassin Vauban A

« Ce que je veux, c’est faire quelque chose de neuf et de durable. »
Auguste Perret, octobre 1945

Les origines du projet  
 Destructions  
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le port du Havre fut utilisé par l'armée britannique pour ravitailler ses troupes. Les Allemands commencèrent donc à bombarder la ville en mai 1940 pour que les britanniques la quittent. Après le « traité de paix », elle fut occupée par les Allemands qui préparèrent une attaque contre le Royaume-Uni , ce qui donna lieu à de nouvelles destructions. Mais les dommages les plus importants survinrent les 5 et 6 septembre 1944, l'objectif étant de faciliter le ravitaillement et la progression des troupes alliées débarquées trois mois plus tôt en Normandie , lorsque les britanniques détruisirent presque complétement le centre-ville et le port pour affaiblir l'occupant nazi .
La « Libération » eut un goût très amer pour les Havrais et marqua durablement la mémoire collective. Proie incessante des bombardements alliés jusqu'en septembre 1944, le bilan établi en 1945 s’avère extrêmement lourd : le centre-ville n’est plus qu’un gigantesque champ de ruines et la ville devient l'une des plus sinistrées d'Europe avec 5 000 morts, 80 000 sinistrés (dont 40 000 sans-abris) et 12 500 immeubles détruits .

L’Atelier Perret

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Panorama du Havre de Perret, vue depuis le nord Au printemps 1945, Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme, confie le projet de reconstruction du centre-ville du Havre à l'atelier d'Auguste Perret, « seul architecte pouvant se prévaloir en France d'un atelier organisé ». En 1945, l'Atelier de Reconstruction du Havre est constitué et comprend, en plus de Auguste Perret, dix-huit architectes-collaborateurs . L’Atelier Perret ne songe pas à reconstituer la ville ancienne mais plutôt à appliquer à la lettre leurs théories pour édifier une ville neuve, symbole d’une France renaissante. Entièrement rebâtie en béton armé, Le Havre fait alors l'objet d'une expérience de reconstruction unique en son genre par son étendue, les procédés urbanistiques (remembrement, copropriété) , la cohérence constructive et les techniques de préfabrication (lourdes ou structurelles).

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Premiers projets  
 
Le centre-ville reconstruit, à plan orthogonalSi, au début du XXe siècle, Auguste Perret veut réaliser la « Ville Future » qu'il imagine « en bord de mer » ou le long « d'un grand fleuve », constituée de gratte-ciels et de jardins suspendus, son ambition pour Le Havre sera relativement différente, admettant en 1945 : « J’ai, étant jeune, préconisé, chanté la maison-tour. J’ai, depuis, changé d’avis. Quand on loge au 12ème ou au 15ème étage, on se sent d’abord exalté, puis accablé de solitude. On s’ennuie à mourir. L’homme a besoin de garder contact avec le sol. C’est pourquoi je ne bâtirais pas de maisons ayant plus de quatre étages. Quatre étages sans ascenseur, cela se monte très facilement » . Ces propos concernent le logement mais celui-ci n’exclut pas une seconde échelle, plus monumentale : « Je vois "un front de mer" qui regrouperait tous les monuments de la ville et escorterait les navires jusqu’à leur entrée au port. De hautes tours abriteraient les bureaux des grandes compagnies de navigation, des négociants, des industriels. Elles s’élèveraient bien au-dessus des maisons de la ville, qui ne dépasseraient pas 5 ou 6 étages. » .
Si le frottement aux réalités va conduire son projet sur des conceptions plus souples, la ville n’en gardera pas moins les traces de ces premières idées. La majorité des habitations (les « maisons ») sont de faible hauteur, suivant des gabarits dictés par l’histoire (trois étages sur entresol, cf. Haussmann), offrant des perspectives humaines, « banales » pour reprendre le mot du maître. Sur un autre plan, elle va conserver une échelle monumentale faite de tours-repères servant de signaux urbains et dégageant quelques perspectives magistrales pour montrer aux voyageurs des grands paquebots que « nous avons toujours le sens de la grandeur et de la beauté »

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Une échelle monumentale
 Remembrement  
Poursuivant les idées exprimées par Auguste Perret, les architectes de son atelier vont établir un concours interne pour ouvrir différentes possibilités concernant le plan d’ensemble : en juillet 1945, ceux-ci font différentes propositions où l'ancienne trame de la ville n'est presque plus visible . Cependant le plan dit définitif - signé par Auguste Perret et adopté en janvier 1946 - est plus ouvert au compromis : sans perdre toute la dimension utopiques des précédentes propositions, il va choisir de conserver l’agencement de la ville d’avant-guerre avec ses grands axes et leurs usages . Ce principe va s’étendre aux commerces et aux rues secondaires qui retrouvent approximativement leur place suivant une logique rationnelle que Jacques Tournant résume ainsi : «1°- sauf si certains centre commerciaux sont globalement déplacés, les boutiques doivent être reconstituées le plus près possible de leur ancien emplacement et dans des conditions qui permettent la bonne exploitation ;
2°- les habitations peuvent être plus facilement déplacées. Les densités admissibles et l’exposition en conditionneront la nouvelle disposition ;
3°- l’angle droit est générateur d’économie en construction. Il permet l’établissement de plans d’appartement meilleurs ;
4°- le commerce s’attache à la voie de passage, l’habitation a souvent intérêt à s’en éloigner. »

Si le centre-ville du Havre retrouve ses rues et ses monuments, il s’inscrit désormais dans un plan devenu orthogonal : une trame géométrique où les axes se coupent à angle droit, suivant un urbanisme « rationnel » que l’on peut également comparer aux villes de l'Antiquité (plan dit hippodamien) mais aussi aux centres-villes nord-américains . La trame du Havre est partiellement contrariée par les rares monuments ayant subsisté après les bombardements (cathédrale Notre-Dame, Muséum d'histoire naturelle) et par un quartier historique réédifié dans un style dit régionaliste (Saint-François).

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Triangle monumental
Les artères principales redessinent les trois axes majeurs de la ville détruite (Triangle monumental). Cherchant à réintroduire leurs usages d’avant-guerre, Auguste Perret s’assure du fonctionnement de ses modèles avant d’en faire la transcription : il prend donc pour exemples les grandes réalisations nationales, adaptant chaque gabarit à une fonction précise , tout comme il va s’inspirer des grandes places royales pour dessiner celle de l’hôtel de ville.

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 La rue de Paris  
D’orientation nord-sud, la rue de Paris relie l'hôtel de ville (au nord) au front de mer sud (ancien terminal de paquebots). Pour cette ancienne rue commerçante , Auguste Perret travaille dès 1945 sur une typologie d’immeubles qui devait définir l’ensemble de la reconstruction de la ville (suivant le modèle des I.S.A.I. édifiés dans sa section nord entre 1947 et 1950). Prenant pour modèle la rue de Rivoli à Paris, l'artère est bordée au rez-de-chaussée et à l'entresol par des commerces, protégés sous une galerie-portique semi-ouverte en retrait d’une colonnade, l’ensemble est rehaussé par trois étages d'habitations. Tout au long de cette rue, une quarantaine d'architectes participent à la réalisation des îlots dans les années 1950 en respectant les principes définis par Perret mais en apportant chacun quelques variations de « vocabulaire ».

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L'avenue Foch
D'orientation est-ouest, elle prolonge le boulevard de Strasbourg en partant de l’hôtel de ville (à l’est) pour arriver à la Porte Océane (à l’ouest).
Comparable par ses dimensions aux Champs-Élysées à Paris, elle est l'une des avenues les plus larges d'Europe. Boulevard initialement créé sous le Second Empire à l’emplacement de la zone non constructible des fortifications, l’avenue Foch est aujourd’hui constituée d'un axe central et de deux doubles contre-allées longeant des commerces, des bureaux, un cinéma et de nombreux logements de haut standing. La majorité des immeubles qui la borde a été achevé en 1954 et comporte cinq à six étages. Les façades sont agrémentées de bas-relief rendant hommage aux personnages marquants du Havre d'avant-guerre (« gloires du Havre »).

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Le boulevard François Ier
Il relie obliquement la Porte Océane (au nord-ouest) au Front de mer sud (au sud-est). Exception à la règle orthonormée, le boulevard François Ier forme une diagonale séparant nettement le centre-ville du front de mer ouest alors consacré à la construction navale (emplacement actuel de la Résidence de France). Il est bordé sur un côté par des îlots où les bâtiments se positionnent en redent, laissant place à de petits jardins triangulaires. L’autre rive, construite plus tardivement, est constituée d’une barre quasi continue de logements à vocation sociale devant théoriquement isoler la ville des vents de mer dominants venant de l’ouest .


 Une ville modèle  
Si la rue conserve son statut historique, la reconstruction est également animée par l’esprit du progrès appliqué à la ville où les habitants réclament désormais « leur droit au calme, à l’air, au soleil, à l’espace » . Les outils mis en œuvre pour le confort des habitants suivront donc plusieurs logiques : celle de la modernisation (standardisation, préfabrication) mais aussi celle d’une cohérence paysagère dictée par l’utilisation d’une même méthode constructive (ossaturisme) suivant rigoureusement un trame et un vocabulaire architectural précis.

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Trame de 6,24 m  

D'un point de vue d’ensemble, le plan en damier du Havre permet des alignements de façade, des tracés rectilignes aérés et lumineux, une organisation rationnelle de l'espace. Dans le projet dit définitif s’ajoute le choix d’un module harmonisant l’espace depuis l’échelle urbaine (trame) jusqu’au moindre parpaing (standard).
L’utilisation symbolique de cette base de 6,24 m correspond à la portée optimale pour une poutre de béton armé à cette époque, elle est également aisément divisible ( 6 x 2 x 4 ) x 13). En générant des proportions précises (1/6 et 1/4, 1/3, 1/2), elle place l’harmonie au cœur même de la standardisation. Les architectes ne semblent pourtant pas avoir explicité les propriétés mathématiques et symboliques de ce nombre (comme l’harmonie 1/4+1/3+1/2 ou la division de 624 par 6x2x4), préférant mettre en avant des arguments pratiques : « La construction n’a pas été laissée au hasard, et l’adoption d’un module – ou trame – de 6,24 m qui se trouve dans toute la ville neuve assure son unité profonde […]. Cette trame dans laquelle peuvent être installées deux pièces d’habitation est non seulement en accord avec l’Économie au sens le plus élevé du mot, mais c’est aussi – et l’on s’en aperçoit sans cesse – un très réel facteur d’économie

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Les logements  
La plupart des biens reconstruits dans le centre sont soit des propriétés publiques, soit des « copropriétés », un concept novateur pour l'époque qui va être étendu à l’ensemble de la ville reconstruite[25]. Disposant de 20% de logements sociaux (proches ou intégrant les normes H.L.M.), la grande majorité des logements est conçue pour des classes moyennes, sans domestique[26]. L'espace intérieur, très lumineux (les « fenêtres en hauteur » laissent pénétrer la lumière dans le salon, la cuisine et les chambres), est distribué de façon optimale. Ces immeubles sont équipés pour la majorité de chauffages collectifs (circuit d’eau ou air pulsé), placards encastrés, vide-ordures, garages à vélos et voitures d'enfant, caves en sous-sol, garages à automobiles, isolations thermique et phonique, ascenseurs au-delà de quatre étages...

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Les I.S.A.I.
Article détaillé : Appartement témoin (Le Havre).
Les Immeubles sans affectation individuelle (ou immédiate), I.S.A.I., préfinancés par l’État et dessiné d’après un concours interne dans l’Atelier Perret (1945-1946), servirent de modèle à l'ensemble de la reconstruction (définition de la trame, des méthodes constructives, des plans intérieurs, etc.). Réalisés entre 1947 et 1950, ces 350 logements s’agencent à la manière d’une grande place royale se déployant symétriquement autour de la place de l’hôtel de ville pour former des îlots ouverts constitués en réalité d’un agencement très rationnel de barres de quatre étages et de six tours de dix étages que l’on percevait alors comme les premiers « buildings » français[27]. Situé dans les I.S.A.I. et ouvert en mars 2006, l’appartement témoin Perret est un musée de la Ville du Havre consacré à l’architecture intérieure, ainsi qu’à l’ameublement et à la vie quotidienne dans la première moitié des années 1950.

Lieux majeurs du centre reconstruit
Ensembles monumentaux
Exception faite de l’église Saint-Joseph - véritable phare au milieu de la ville - les ensembles monumentaux se situent aux extrémités du « triangle monumental » structurant le plan d’ensemble de la reconstruction. Leur dessin a fait l’objet d’une attention toute particulière d’Auguste Perret.

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Église Saint-Joseph
Article détaillé : Église Saint-Joseph du Havre.
 
L'église Saint-Joseph Considérée comme une architecture majeure du XXe siècle, l'Église Saint-Joseph est le dernier manifeste d'Auguste Perret. Imaginée sur la base du projet parisien de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc (1924), l’église reconstruite - dessinée de sa main - fut conçue à la fois comme un sanctuaire dédié au culte et un monument honorant la mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale. Les travaux débutèrent fin 1951 pour se terminer en décembre 1956 avec l'achèvement de la tour. La réalisation de l'édifice fut confiée à Raymond Audigier. À la mort de Auguste Perret, en 1954, l'église fut terminée par Georges Brochard qui tenta de traduire ce que désirait son maître pour la forme du clocher. Elle est inaugurée en juin 1957 et consacrée en 1964.
L'église dispose d’une tour-clocher octogonale atteignant 110 mètres de hauteur et reposant sur un socle carré légèrement étendu vers l’avant (entrée ouest) et l’arrière (chapelle, sacristies). Le plan centré anticipe les réformes de Vatican II. Perceptible de l’extérieur, la structure se dévoile en entrant dans l’édifice : quatre pans de la tour octogonale sont déportés vers des bracons reposant sur une série de quatre fois quatre piliers maintenus par des croix de Saint-André. Le ceinturage de l’ensemble est assuré par un béton précontraint, première utilisation de cette technique en dehors des ouvrages d’arts (ponts). La tour-lanterne fait entrer la lumière dans l'édifice grâce à des vitraux multicolores conçus par la « spatiocoloriste » et maître verrier Marguerite Huré.
Premier édifice moderne à faire l’objet d’une protection patrimoniale, l’église Saint-Joseph sera inscrite au titre de la loi sur les monuments historiques en 1965. En 1997, elle est parée d'un habillage lumineux, puis d'importants travaux de restauration sont entrepris entre 2003 et 2005. La tribune a été dotée d’un orgue à tuyaux, inauguré le 25 septembre 2005[28].

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Hôtel de ville
Œuvre des architectes Auguste Perret et Jacques Tournant, l'hôtel de ville est inauguré en 1958. Le premier pieu du corps central est coulé en 1953, la tour de 18 étages et 72 mètres de haut évoquant initialement un beffroi est commencée en 1954. Le théâtre attenant est inauguré en octobre 1967. L'extension sur la façade nord de l'édifice, indispensable mais esthétiquement discutable, date de 1987. Comme tous le édifices majeurs, l’hôtel de ville retrouve approximativement sa position d’avant-guerre. Situé dans la perspective d’une vaste place, le bâtiment établit une dialectique entre deux unités : une tour abritant les bureaux administratifs et un bâtiment en longueur rythmé par une imposante colonnade dans lequel se placent des fonctions de « réception » comme les grands salons. Un vaste escalier part du rez-de-chaussée pour se diviser en deux volées distribuant l’étage noble. Tel un « abri souverain » la colonnade soutient totalement la charge du toit terrasse qui abrite une structure secondaire supportant les planchers et de vastes baies vitrées.

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Le jardin de la partie sud de la place de l'hôtel de ville a été dessiné personnellement par Perret. Cette immense place a été transformée en 1990 : rétrécissement du boulevard qui la divisait en couloir de bus, création d'un parking souterrain, ajout de fontaines, d'arbres et de treillages en bois exotique, agrandissement des pelouses et des espaces fleuris.

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Porte Océane  
Sortant des plans de l'Atelier de Reconstruction Perret en 1950, cette place s'inspire du projet de la Porte Maillot à Paris qu’Auguste Perret présente en 1930. La partie nord, construite par Jacques Poirrier de 1951 à 1953, a bénéficié de techniques de préfabrication étendue grâce à un usinage complet des structures et des remplissages (système Monod). La partie sud a été construite par André Hermant de 1951 à 1956 à l’aide de la technique plus traditionnelle du coffrage en bois pour les structures.
Seul point de jonction entre la ville reconstruite et la mer, la Porte Océane forme un décor monumental et représente de manière symbolique la porte de la cité évoquée par Édouard Herriot, laissant entrevoir aux Havrais se promenant sur l’avenue Foch le passage des grands paquebots. Il s'agit d'un ensemble constitué de deux tours jumelles de 13 étages, hautes de 47,50 mètres, et de deux immeubles bas, situés à l'extrémité de l'avenue Foch. Inscrites sur cette prestigieuse avenue et disposant d’une vue sur mer, les 256 logements disposent de grandes surfaces et d’équipements soignés (par exemple, un chauffage collectif réglable individuellement).

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Front de mer sud  
La réalisation d’un front de mer sud monumental apparaît dans les premiers projets de 1945. Il a finalement été réalisé par une trentaine d’architectes proches de Perret dirigés par Pierre-Edouard Lambert, il est intégré au programme national de construction du « Secteur industrialisé » (24 mai 1951) et échappe ainsi aux exigences du permis de construire. Constitué de 1127 logements, situés en bas des normes H.L.M. (ainsi les plafonds sont abaissés sous 2,5 m), ce groupe d’habitations a été imaginé d’un seul tenant. Premier en France à dépasser les mille unités, il peut être considéré comme le premier grand ensemble, à condition de ne pas tenir compte de son inscription urbaine et de ses gabarits classiques. Outre des normes sociales spécifiques, l’ordre architectural choisi reste celui du monumental : situé sur un Front de mer attenant à l’entrée de port, il joue un rôle déterminant dans la perspective de la ville vue depuis les grands transatlantiques (les deux tours décalées et les bâtiments bas en redents figurent une anamorphose de la Porte Océane).


 L’inscription sur la Liste du patrimoine mondial par l'UNESCO  
Au sein même de l’histoire de l’architecture, il faut constater qu’à l’enthousiasme des premières publications suivant la réalisation de la ville[35] succède une longue période d’oubli pendant laquelle son intérêt exceptionnel sera nié ou négligé. Il faut attendre les années 1990 pour qu’elle éveille l’intérêt, grâce au travail de Joseph Abram. Cette recherche novatrice est rapidement comprise par la Ville[36], elle sera suivie par les mesures de protection et de valorisation déjà citées. L'inscription sur la Liste du patrimoine mondial par l’UNESCO apparaît aussi comme le point d’orgue d’un long travail de réappropriation et de redécouverte, un demi-siècle après la reconstruction
 Classement
L'UNESCO a inscrit le centre-ville du Havre le 15 juillet 2005 au patrimoine mondial de l'humanité sur la base des deux critères précités, saluant l'« exploitation novatrice du potentiel du béton ». L'espace de 133 hectares représentant selon l'UNESCO "un exemple exceptionnel de l'architecture et de l'urbanisme de l'après-guerre" est un des rares sites contemporains inscrits en Europe, rejoignant le Parc Güell à Barcelone, les maisons Art nouveau de Victor Horta en Belgique ou encore les anciennes aciéries de Völklingen en Allemagne.

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Auguste Perret


Citation du maire du Havre, Antoine Rufenacht après l'inscription : La modernité du Havre, insufflée par Auguste Perret au lendemain de la guerre, devient désormais une composante assumée de l'identité havraise. Elle doit constituer le socle du nouveau rayonnement de la ville.

http://nanienormandie.canalblog.com/archives/2015/11/17/32721028.html

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