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Le Monument Juif est situé sous la partie est de la cour du Palais de Justice de Rouen.

« A l’été 1976, la découverte d’un monument juif, sous la cour du Palais de justice Rouen, est venue confirmer la présence, très ancienne (elle remonte à la colonisation
romaine) d’une communauté juive en Normandie. Construit vers 1100, cet édifi ce se révèlera être le plus ancien monument juif de France et, sans doute, la seule yeshiva
médiévale existant au monde. Jusqu’à son expulsion par Philippe le Bel en 1306, la communauté juive de Rouen a joué un rôle considérable, au point que son chef était parfois
appelé (comme celui de Narbonne) le « roi des juifs »..

Les juifs disposaient de leurs propres tribunaux pour les affaires interne de la communautéLe Grand Mahazor,

Non seulement c'est le plus ancien monument juif conservé en Europe Occidentale (construit vers l'an 1100), mais c'est aussi l'objet d'un débat entre spécialistes au sujet de ses origines.
Alors que la communauté juive de Rouen y voit une synagogue, le professeur américain Norman Golb pense qu'ils s'agit d'une école de hautes études hébraïques. La plupart des archéologues français penchent eux pour la résidence d'un riche juif.
Deux phrases en hébreu ont été trouvées inscrites sur la paroi interne de l’édifice souterrain : « Que règne la Torah pour toujours » et « Cette maison est suprême ».

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Dans la cour du Parlement, sous l'escalier oriental, ce «monument juif» pourrait être une université hébraïque de l'époque romane. Cette découverte atteste que Rouen fut, à l'époque de Guillaume le Conquérant, l'un des plus importants centres intellectuels d'Europe. L’inventeur de cette merveilleuse découverte fut le conducteur de pelleteuse Serge Brard qui enlevait les pavés de la cour du Palais de Justice. Quarante ans après la découverte d’un site archéologique unique au monde, celui-ci s’est ouvert au public. Il s’agit de l’une des plus vieilles yeshivot du monde.
Elle est à Rouen, dans l’ouest de la France, et le site est ouvert uniquement les mardis à 15heures.
Le palais de justice de Rouen est un bâtiment gothique impressionnant du 15ème siècle. Depuis des centaines d’années – en fait, depuis sa création-, l’endroit est utilisé par les autorités du district judiciaire. Il y a 40 ans, les archéologues ont été surpris de découvrir dans le renforcement des bâtiments, d’une structure historique datant d’il y a 1100 ans.

Cour d'honneur du Palais de justice de Rouen (vue panoramique HD)

cour du Palais de Justice



On sait aujourd’hui que la première implantation juive en Normandie remonte à l’époque gallo-romaine et que l’empire carolingien a créé un « royaume juif  » de Rouen à côté de ceux de Narbonne et de Mayence. On sait aussi que Guillaume le Conquérant a emmené des Juifs de Rouen à Londres pour y créer une communauté sœur.
À l’époque romaine, le quartier juif - terra judaeorum - s’étend sur trois hectares, soit le douzième du Ratomagus qu’occupe alors la tribu gauloise des Véliocasses. Situé dans le secteur nord-ouest de la ville romaine, il forme un rectangle de 300 mètres de long par 100 mètres de large.

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le batiment
LE MUR NORD
Cette face du bâtiment est découpée en cinq travées dont quatre sont percées de fenêtres. Ces travées sont séparées par des contreforts rectangulaires cantonnés de colonnettes dont les bases, toutes différentes, sont sculptées.
La facture dénote un soin particulier dans cette construction : elle ne peut être comparée qu'aux plus beaux édifices romans contemporains (la crypte de la cathédrale, l'abbatiale St. Georges de Boscherville). Il s'agit d'une construction romane dont le style indique une origine autour de l'an 1100. Les pierres (taillées au taillant droit) sont régulières, les lits de mortier sont fins. Le mortier, blanc, est de bonne qualité.
Les quatre fenêtres sont très étroites (11 cm) et devaient donner peu de lumière à l'intérieur de l'édifice (moins de un demi mètre carré pour éclairer une pièce de près de 70 mètres carrés, et encore plus, situées au nord !). On les a quelquefois comparées à des meurtrières, mais ne voyez aucun rôle militaire à des fenêtres comme celles-ci : le double ébrasement mettrait en danger le défenseur en agissant comme un entonnoir pour les traits ennemis.
Les murs sont épais (aux alentours de 1,25 m), ce qui pourrait indiquer que le monument avait une hauteur appréciable.
On voit par les fenêtres que le sol intérieur du monument est en contrebas du sol médiéval (près de deux mètres).

 

Les façades nord et ouest

L’escalier intérieur


LA TOURELLE D'ESCALIER
La communication interne se faisait par un petit escalier en colimaçon niché dans une tourelle insérée dans le coin nord-ouest du bâtiment. Cette tourelle ne communiquait pas avec l'extérieur.
La porte qui donne accès à l'escalier depuis la salle basse ne fait que 41 cm de largeur. L'escalier lui-même moins de 50 cm. Cette étroitesse interdit qu'un nombre important de personnes aient pu résider en permanence dans le bâtiment. De tels escalier ne se rencontrent que dans des endroits où peu de gens accèdent (clochers d'église) ou bien où des conditions de sécurité cherchent à limiter la circulation (châteaux, maisons).
L'escalier permettait d'accéder au moins à un premier étage de plancher. On ne sait pas si la présence d'un second étage imposait sa continuation vers les combles.

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L’angle nord-ouest et l’entrée de la tourelle d’escalier

LE MUR OUEST

Les façades ouest et sud


LE MUR OUEST
Le mur ouest présente des dispositions similaires à celles des murs nord et sud : il est découpé en trois travées séparées par des contreforts et des colonnettes. Il ne comporte toutefois pas de fenêtre, tout au moins pour sa partie basse. Deux ensembles de bases de colonnettes sont parfaitement conservés vers le nord du mur : elle montrent que le style de la construction est le roman normand. Rien n'indique à ce niveau qu'il s'agit d'un monument juif.
Le mur présente un aspect de dégradation très accentué. Ce sont les traces d'un violent incendie. Les constatations archéologiques indiquent que cet incendie a eu lieu dans les premières décennies du XIIe siècle. Il s'agit certainement de l'incendie de 1116 noté dans une chronique de la cathédrale de Rouen. Cet incendie, en plus d'une élévation du niveau du sol de l'ordre d'une vingtaine de centimètres autour du monument, a certainement incité les habitants à la prudence, entraînant la modification de l'entrée sur la face sud

Le mur sud de la salle basse

Base de colonne de la façade sud

Base au dragon

Base de colonne de la façade sud

Base de colonne de la façade sud


LE MUR SUD
Cette partie du Monument est plus confuse que les faces nord et ouest : elle a été l'objet de remaniements.
On retrouve toujours les mêmes dispositions architecturales : la façade est découpée en travées séparées par des contreforts et des colonnettes.
L'entrée dans le Monument se faisait par une porte située au milieu du mur. Il semble que cela ait été le seul accès, tout au moins à l'origine (on a retrouvé aucune trace d'un accès direct au niveau de l'étage). Cette porte a été oblitérée par un vestibule quelques années après, vraisemblablement après l'incendie de 1116.
A l'ouest, un massif de maçonnerie cache la base du mur. Ce massif est postérieur à l'incendie (il repose sur la couche de terre noire contenant le souvenir de cette calamité). Certains y ont vu le support d'un bassin servant de bain rituel. J'y verrai plutôt l'emmarchement de pierre d'un escalier de bois permettant un accès direct à l'étage. Cet accès est bien sûr un aménagement postérieur à la construction. La présence d'une petite colonnette torsadée sur la gauche de l'ouverture indique plus un gothique primitif (milieu du XIIe siècle). Ce type d'accès est connu dans d'autres constructions romanes.
Deux bases de colonnes méritent notre attention. La première, à l'ouest de la porte, était cachée par le massif de fondation qui vient d'être décrit. Elle représente deux lions couchés sur le dos (représentation unique dans la sculpture romane). La deuxième, à l'est de la porte, était en partie cachée par le vestibule. Elle représente un dragon. Il s'agit certainement d'une référence au psaume 91 "Tu fouleras le Lionceau et le dragon". C'est là un des rares témoignages du caractère hébraïque du Monument.

 

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L’entrée sud dans la salle basse

L’entrée sud dans la salle basse

L’entrée sud dans la salle basse

L'ENTREE


L'ENTREE
Pour accéder à l'intérieur du bâtiment, on utilisait une porte située au milieu du mur sud. On n'a pas retrouvé de trace d'un accès direct au niveau de l'étage, tout au moins à l'origine.
La porte est romane. Bien que très abîmée par le feu, il est possible de restituer l'ordonnancement de sa décoration : voussures et colonnettes (encore visibles à droite), chapiteaux (visible à gauche).
A l'origine, l'escalier était perpendiculaire au mur (axe sud-nord). Il comportait vraisemblablement cinq grandes marches. Il a été détruit lors de la construction du vestibule et remplacé par un escalier parallèle au mur (axe ouest-est).
Le vestibule est construit d'une manière beaucoup plus grossière que le Monument lui-même. Les pierres sont moins régulières, le mortier, jaune, est plus sableux. La taille a été réalisé avec un outils différent : alors que le reste du bâtiment est de pierres taillées au taillant droit, les pierres de ce vestibule sont taillées à la laie. Pourtant le vestibule reste roman avec sa petite voûte d'arête (fort grossière). Ce réaménagement est de toute façon antérieur au début du XIVe siècle (le remblaiement de l'intérieur le rendrait inutile). Il est certainement juste postérieur à l'incendie de 1116.
Le vestibule permettait une sécurité renforcée à l'intérieur du Monument. A la porte d'origine (visible encore par les reste d'un gond et le logement d'une barre de fermeture), a pu s'ajouter une porte supplémentaire (un gond de fer est encore en place).

Les murs sud et est de la salle basse et l’entrée principale du monument

L’angle nord-est du monument juif


L'INTERIEUR
L'intérieur du Monument provoque une certaine surprise. Tout d'abord les dimensions sont assez vastes : près de 70 mètres carrés. La conservation est assez étonnante : le mur est a plus de quatre mètres de haut. Enfin, alors que l'extérieur est remarquablement décoré, l'intérieur est totalement nu.
La porte d'entrée, au milieu du mur sud est large de plus d'un mètre. En face, les quatre seules fenêtres qui éclairaient l'intérieur du bâtiment présentent un appui en degrés qui se retrouve souvent dans de telles ouvertures. Dans le coin nord-ouest, une petite porte donne accès à l'escalier menant à (ou aux) l'étage(s).
Le premier étage était doté d'un plancher de bois continu. On voit très bien, dans les murs nord et sud les traces des poutres qui le soutenait. Ce plancher ne présentait pas d'ouverture : les poutres sont de même dimensions et ont le même écartement : pas de mezzanine ou d'escalier de bois contre un mur.
La fouille archéologique a permis de constater que le bâtiment était encore visible en élévation au début du XVIe siècle. Il ne figure pourtant pas sur le célèbre Livre des Fontaines de l'échevin Jacques Lelieur (1525). Un dallage de pierre a été rencontré à la place de l'ancien plancher de bois. Les monnaies retrouvées ont permis de situer le remplissage de la salle basse au début du XIVe siècle (certainement après que les juifs aient été chassés du royaume par Philippe le Bel en 1306). Au niveau du sol d'origine, d'abondantes traces de foyer ont été retrouvées : la première utilisation de cette salle a donc été la cuisine.
Les murs portent des graffiti : quelques lettres latines (peut-être des marques de maçons) et surtout des inscriptions hébraïques. Leur lecture est malaisée, leur datation problématique. Ils prouvent toutefois que le bâtiment a bien été utilisé par des juifs.
La structure découverte prouve également qu’il y a 10 siècles, Rouen était un carrefour du monde intellectuel et commerçant. Un centre névralgique du judaïsme d’alors.
Les murs du bas font 1,30 à 1,60 mètre d’épaisseur, ce qui laisse supposer que le bâtiment comportait des étages

Mobiliers archéologiques du monument découvert lors de fouilles de 1976

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La nature des vestiges
        Une synagogue ?
Cette hypothèse a tout d'abord été avancée par le Rabbin Elie Marciano, alors Rabbin de la communauté juive de Rouen. Elle a ensuite été reprise par une équipe du C.N.R.S. autour de Bernard Blumenkrantz.
    Une école ?
Avancée quelques semaines après la découverte par le professeur Norman Golb (Université de Chicago, U.S.A.), elle a été âprement défendue par son auteur.
    Une maison ?
Paradoxalement, cette hypothèse a été la première émise, au lendemain de la découverte, par Dominique Bertin, l'archéologue en charge du chantier. Longtemps occultée par les deux autres hypothèse, elle est revenue au devant de la scène et est supportée par la plus grande partie des archéologues.

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Une première campagne de fouille, jusqu'en octobre 1976 a permis de dégager les trois quarts du bâtiment. Devant l'intérêt de la découverte, les autorités ont décidé la conservation des vestiges par la construction d'une crypte archéologique. Une deuxième campagne de fouille, à Pâques 1977 a permis de compléter l'exploration.
Le contexte
Le quartier où se trouve le Monument est connu depuis longtemps pour avoir été le quartier des juifs de Rouen. La rue qui longe la cour du Palais de Justice porte encore le nom de 'Rue aux Juifs'. Le quartier est connu pour s'appeler au moyen-age le 'vicus judeorum'. Sa proximité de la porte ouest de la ville (Porte Massacre, notre gros Horloge actuel) est facile à comprendre, car c'est là que devait se trouver le quartier commerçant.
On a retrouvé d'autres vestiges de ce passé juif de Rouen. Juste avant la découverte du Monument, une cave située dans la même cour indique une autre maison de pierre. De même, pour une des caves médiévales conservées sous l'aile nord du Palais de Justice. Enfin, une maison a été retrouvée de l'autre côté de la Rue aux Juifs (désignée comme ayant appartenue à un juif du nom de Bonnevie).
Des documents d'archive ont aussi permis de mieux connaître le passé de ce quartier. C'est l'accumulation de ces éléments qui permettent d'attribuer le Monument aux juifs (son style est parfaitement roman normand).

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L'Histoire des juifs de Rouen
L'histoire des juifs de Rouen a fait l'objet de nombreuses études, en particulier celle du Pr. Norman Golb.
On ne sait pas quand les premiers juifs se sont installés à Rouen, peut-être dès la période gallo-romaine. On les trouve biens installés au XIè siècle. Ils se sont considérablement enrichis par la conquête de l'Angleterre. Guillaume le Conquérant les a installés à Londres. Ils resteront florissants pendant toute la période anglo-normande. Après une première alerte au moment du départ de la première croisade, ils subiront les expulsions de Philippe Auguste et surtout de Philippe le Bel (1306). Ils reviendront ensuite à Rouen pour en être chassés périodiquement.

CONCLUSION

Le Monument juif du Palais de Justice de Rouen est l'un des Monuments les plus intéressants de notre ville. Selon toute vraisemblance, il a été la maison particulière d'un riche juif enrichi par la conquête de l'Angleterre, construite après l'atténuation des troubles dus au départ de la première croisade. Il s'insère dans une tradition de construction de demeures en pierre qui ne doit pas nous étonner à une époque où Rouen, l'une des premières villes d'Europe occidentale, était l'une des capitales du royaume anglo-normand.
Peut être a-t-il servi à autre chose que la fonction résidentielle. On peut imaginer que le propriétaire-constructeur, ou l'un de ses descendants ait pu le léguer à la communauté quelques décennies après. Qu'en a-t-elle fait ? Il est loisible de tout imaginer : maison de prière, école ou même ... les deux à la fois !
Laissons de côté la polémique. De toute façon, c'est aujourd'hui le plus ancien monument juif conservé en Europe Occidentale. C'est un lieu de mémoire. Il nous parle de ces générations de juifs qui on su résider en bonne entente avec leurs contemporains normands. Ils n'ont pas éprouvé la nécessité de construire un édifice différent des autres édifices romans de Normandie. Belle preuve d'intégration et d'entente qu'il est réjouissant de constater en ces années où les vieux démons du racisme et de la xénophobie se réveillent !

situation

plan